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jeudi 14 avril 2011

EXCUSES DES ANGLAIS AU PEUPLE ACADIEN ?



À QUAND LES EXCUSES DES ANGLAIS
AU PEUPLE ACADIEN POUR SA DÉPORTATION ?

Sait-on que l'Angleterre a offert des excuses officielles au peuple afrikaner d'Afrique du Sud pour les atrocités commises envers ce peuple dans une répression au tournant de 1900 ?

Sait-on que l'Allemagne a fait de même envers le peuple héréro de Namibie qu'elle extermina vers les mêmes années ?

Quand l'Angleterre offrira-t-elle des excuses officielles pour avoir déporté nos frères Acadiens et séparé les familles aux quatre coins de l'Amérique au 18e siècle ?


Le 12 octobre 1999
LA GUERRE DES BOERS: LA HONTE DU ROYAUME-UNI
DOUBLE HONTE POUR QUÉBEC !

Au début d'octobre 1999, le Duc de Kent, cousin de la Reine Elizabeth d'Angleterre a participé à la commémoration du 100e anniversaire de la guerre des Boers en Afrique du Sud en reconnaissant les torts ignobles de son pays dans cette guerre coloniale. En compagnie du Président sud-africain Thabo Mbéki, il faisait une visite des cimetières Boers et noirs de la région de Bloemfontein. C’est ce que nous apprenait le site Internet de la BBC [clic].

Le Duc a dénoncé les atrocités commises sous la direction du commandant britannique Kitchener (qui a donné son nom à la ville d'Ontario...) dans les camps de concentration où sont morts des milliers de soldats afrikaners (20 000) et noirs (14 000) avec, en plus, des milliers de femmes et d’enfants. En emprisonnant les femmes et les enfants, les Britanniques voulaient démoraliser les combattants afrikaners. Les Afrikaners sont les descendants des premiers colons d’Afrique du Sud qui étaient néerlandais. Ces camps sont considérés par certains comme les premiers « camps d’épuration ethnique ».

Il a déclaré « Ceux qui connaissent l'histoire de cette guerre ne peuvent être que choqués et dégoûtés par la négligence honteuse envers les prisonniers, particulièrement les femmes et les enfants dans ces camps ». Cette guerre commencée le 11 octobre 1899 a fait rage pendant trois longues années. Il y a eu près de 70 000 morts, dont une forte proportion de Noirs: pourtant cette guerre fut qualifiée de « guerre entre Blancs ». Des milliers de Noirs avaient été enrôlés de force par les deux camps et se sont entre-tués.

Il faut savoir que le pouvoir colonial britannique au Canada a envoyé des troupes pour écraser les Boers, avec même la participation de quelques Québécois, eux-mêmes colonisés sous la férule des Anglais. Ce fut une honte pour le Québec d’alors. Ce l’est encore plus aujourd’hui!

Or, la bonne ville de Québec peut aussi avoir honte, car elle abrite un monument à la « gloire » des troupes anglaises qui perpétrèrent ces infamies. Ce monument se trouve sur le Chemin Saint-Louis, tout près de la Porte du même nom, à l’Est. On se doute que la plupart des Québécois et des étrangers passent devant sans y faire attention ou sans savoir ce qu’il représente. Nous ne pouvons plus l’ignorer.

Si la ville de Kitchener peut célébrer (?) le commandant britannique qui dirigeait ces « opérations » contre le peuple afrikaner et les Noirs du Transvaal, la ville de Québec, « Joyau du Patrimoine mondial » peut-elle tolérer encore longtemps la présence honteuse d’un tel monument dans ses vieux murs ? De toute évidence, il doit disparaître dans les plus brefs délais pour faire place à un monument célébrant un authentique héros québécois. Aucune ville d’Europe n’a érigé de monument aux auteurs des camps de concentration de 1939-45...
Pour en savoir plus sur la guerre des Boers :   Site Hérodote.

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 Le cas de l'Allemagne en Namibie.

Les excuses de l’Allemagne au peuple Héréro

Sur une population estimée de 60 000 à 80 000 personnes, avant les massacres, il ne restera qu'une quinzaine de milliers de survivants

 



  (Phot : DR) RFI - 16 août 2004

Sur une population estimée de 60 000 à 80 000 personnes, avant les massacres, il ne restera qu'une quinzaine de milliers de survivants.

L'Allemagne demande pardon pour le massacre des Héréros. Cela fait un siècle que cette communauté namibienne, décimée en 1904, par l'armée coloniale allemande attendait ces excuses officielles.

C'est l'un des premiers actes de résistance à  la colonisation. En août 1904, les Héréros, peuple du sud-ouest africain, se révoltent contre l'occupation allemande. L'armée coloniale du Reich, emmenée par le Général Lothar Von Trotha, se livre alors à  une impitoyable répression.

Puits empoisonnés, travaux forcés, camps de concentration : 65 000 Héréros sont décimés en trois ans, au cours de ce que certains historiens qualifient de premier génocide du 20e siècle.

Un siècle plus tard, l'Allemagne a fini par présenter des excuses aux Héréros, par la voix de sa ministre de la Coopération et du Développement. « Nous Allemands, acceptons notre responsabilité morale et historique, je vous demande de nous pardonner », a déclaré Heidemarie Wieczoreck-Zeul au cours d'une cérémonie commémorative organisée au nord de la Namibie.

Oui aux excuses, non aux réparations 

Ce geste sans précédent a été salué aussi bien par le gouvernement namibien que par les Héréros. Ce qui ne les a pas empêchés de réclamer à  nouveau des réparations.

Des poursuites contre l'Allemagne ont été engagées devant la justice américaine pour le versement de 4 milliards de dollars d'indemnités. Berlin s'est toujours refusée à  verser des compensations.

La ministre de la Coopération s'est en revanche engagée à  accroître son soutien financer à  la Namibie. Avec 12 millions d'euros par an, l'Allemagne est déjà  le premier fournisseur d'aide à  la Namibie, où vivent encore aujourd'hui 25 000 germanophones.
Sylvain Biville
SOURCE :  (Radio France Internationale - 16/08/2004)

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mercredi 13 avril 2011

CHAMPLAIN, NOTRE PÈRE À TOUS





Champlain révèle sa vraie nature !

Champlain est le père des Québécois, des Acadiens, des Métis, selon
l'historien américain David Hackett Fischer.
Dans une biographie exceptionnellement fouillée,
il nous fait découvrir un grand humaniste,
qui rêvait d'accommodements raisonnables bien avant l'heure.
par Georges-Hébert Germain
L’ACTUALITÉ – Avril 2011
Illustration de Gérard Dubois

Nos fils épouseront vos filles. Nous formerons ensemble une seule et même nation. » Ainsi parlait Samuel de Champlain aux Indiens d'Amérique, ses frères humains bien-aimés, ses indispensables partenaires d'affaires, ses complices admirés. On a compris, dès les premières pages du formidable livre de l'historien américain David Hackett Fischer, Le rêve de Champlain [1], quelle était la nature de ce rêve qu'entretenait le grand homme.
[1] « Le rêve de Champlain », David Hackett Fischer, Les Éditions du Boréal (2011), 1008 pages.
Il est facile, voire banal, de rêver d'un monde meilleur. Ce qui l'est moins, c'est de porter ce rêve, malgré les épreuves et les échecs de toutes sortes, pendant plus de 30 ans, d'y investir toute son énergie, tous ses espoirs, de savoir tirer les bonnes ficelles à la cour de France et créer de durables alliances avec les Indiens, et de traverser 27 fois l'Atlantique, de vivre avec la mort sans cesse à ses côtés, sans savoir qui frappera le premier, qui frappera le dernier, toujours absolument fidèle à son Roi et à sa Foi, mais plus encore à son grand et dévorant dessein...
Ce rêve, ce fut toute la vie de Champlain. On ne lui en connait pas d'autre. Il a fait un mariage de raison, dont on ne sait même pas s'il fut consommé.
David Fischer nous raconte comment Champlain a réalisé son rêve fou, mais aussi comment, tout jeune encore, il l'a conçu, comment lui est venue, à lui, guerrier de métier plongé dans les horreurs des guerres de religion en Europe et témoin des crimes contre l'humanité perpétrés par les nations européennes en Amérique, cette idée, nouvelle en son temps, de faire autrement, d'agir humainement et fraternellement, là où l'usage était d'asservir et d'exterminer.
Pour la très grande majorité d'entre nous, Champlain a fondé Québec dans le vague espoir de trouver un passage vers la Chine et afin de contrôler et de structurer le lucratif commerce des fourrures, que se disputaient, au début du 17e siècle, Anglais, Français, Basques et Néerlandais. Le Robert et le Larousse des noms propres ne nous disent à peu près rien de plus. Fischer, lui, nous apprend que Champlain avait ce vaste et noble dessein de créer, à la frontière des cultures européenne et américaine, une nouvelle humanité, rien de moins. Et que c'est ce qu'il a fait, nous assure l'historien. Le seul vrai « nouveau monde », créé en Amérique dans la mixité, le métissage, le mélange des cultures, des ethnies, des espoirs et des idées, c'est celui de Champlain.
L'expérience humaine vécue par les Français en Acadie et dans la vallée du Saint-Laurent a été très différente de celle menée par les Anglais et les Néerlandais sur la côte atlantique. La géographie y est pour beaucoup. La chaine des Alléghanys empêchait chez eux la pénétration du continent, que le Saint-Laurent et les Grands Lacs favorisaient chez nous. Mais il y eut dans cette histoire autre chose d'infiniment plus déterminant: le génie de ce grand humaniste qu'était Champlain.
Fischer fait d'abord le minutieux inventaire des expériences qu'a vécues le jeune homme rompu aux arts de la navigation, de la guerre, de la balistique, brillant dessinateur et cartographe, remarquable écrivain, le plus prolifique de tous les explorateurs de son époque. Champlain a toujours su et osé franchir des frontières culturelles, physiques, idéologiques, aimant vivre au cœur des plus sauvages sociétés d'Amérique autant que parmi les plus fins lettrés de Paris.
Au péril de sa vie, il a joué les espions en Espagne, s'est embarqué pour les Antilles en compagnie de sanguinaires conquistadors, qu'il a suivis jusqu'à Mexico. Il a assisté là-bas à des exécutions de masse, hommes, femmes et enfants brûlés vifs, pendus, noyés. En France, il a guerroyé aux côtés d'hommes qu'il admirait, comme Martin Frobisher, un héros à ses yeux, un maître qui avait mené des expéditions au bout du monde. Mais Frobisher, comme Francis Drake, comme les conquistadors espagnols, l'a déçu par sa brutalité, et plus encore par le peu d'intérêt et d'ouverture d'esprit qu'il manifestait à l'égard des peuples d'Amérique, que Champlain rêvait, lui, de connaître et de mêler à son grand œuvre.
Pourtant, les Anglais et les Espagnols, qui étaient selon Fischer hermétiquement fermés aux cultures amérindiennes et qui les ont bien souvent détruites, ont bâti en Amérique des empires infiniment plus importants par leur étendue, leur puissance et leurs populations que les Français. De ce point de vue, l'œuvre de Champlain semble avoir été une moins grande réussite, pour ne pas dire un échec.
« II ne faut surtout pas voir les choses ainsi, nous dit le grand historien. D'un point de vue humain, la Nouvelle-France a été un bien plus grand succès que la Nouvelle-Espagne ou que la Nouvelle-Angleterre ou que n'importe quelle colonie européenne en Amérique du Nord ou du Sud. En Acadie, dans la vallée du Saint-Laurent, dans les Grands Lacs, partout où a agi Champlain, les relations entre Français et Indiens ont été fusionnelles, intimes, créatrices. La Nouvelle-France n'a pas été un échec. Bien au contraire, c'est une formidable réussite, une leçon de vie et de savoir-vivre dont on n'a pas d'autre exemple dans toute l'histoire des Amériques. »
Fischer, qui a reçu le prix Pulitzer d'histoire en 2005 pour Washington's Crossing (Oxford University Press, 2004), s'intéresse aux moments charnières et aux idées fondatrices de l'histoire américaine. Il s'est documenté sur Champlain depuis qu'il sait lire, c'est-à-dire depuis près de 70 ans, et il en parle depuis 40 ans à ses étudiants de l'Université Brandeis, près de Boston. Il a tout vu, tout lu sur l'enfant de Brouage, dont bien sûr les historiens québécois, qu'il respecte au plus haut point, comme feu Marcel Trudel. Fischer sait tout sur l'époque de Champlain, sur ses associés, ses ennemis, ses doutes, ses idées...
« Champlain est le père des Québécois, des Acadiens, des Métis, dit-il. Mais aussi de cette idée toujours vivace que nous sommes tous frères. Je crois profondément que nous avons tous beaucoup à apprendre de lui si nous voulons mieux vivre ensemble. »
Champlain avait une façon unique d'entrer en contact avec les autres, quelles qu'aient été la couleur de leur peau, leur langue, leur religion, leur position sociale. Il accueillait les idées des Indiens avec la même considération que celles des rois, des cardinaux, des armateurs qu'il fréquentait dans son pays natal. C'est beaucoup par cette curiosité qu'il avait pour autrui et par la très grande tolérance qu'il a toujours manifestée, même envers les féroces Iroquois, que l'historien explique la constitution du rêve de Champlain.
Né protestant, converti au catholicisme, l'homme a toujours cherché à composer des équipages et des colonies mixtes de catholiques et huguenots. Ce n'est que plus tard, par la force des choses et la faiblesse des hommes, que Québec est devenue un fief rigoureusement catholique, longtemps contrôlé par les chevaliers de Malte.
Champlain pouvait, quand il croyait devoir le faire pour sauvegarder son rêve, être très dur et appliquer la loi française dans toute sa rigueur. Il a fait pendre et décapiter Jean Duval, qui, pendant le premier hivernement à Québec (1608), avait fomenté un complot contre lui. Avec les Indiens, cependant, il a sans cesse cherché à appliquer une justice qui satisfaisait tout le monde et tenait compte de la culture et de la morale de chacun — Algonquins, Micmacs, Montagnais, Français, nobles ou roturiers, catholiques ou huguenots... Cette justice exigeait, avec les « Sauvages », de longues palabres et maintes «tabagies», mais elle a été remarquablement efficace : elle a permis de créer entre eux et les Français des liens féconds et solides.
« Si nous faisons aujourd'hui des accommodements raisonnables, c'est que l'esprit de Champlain vit en nous », dit l'écrivain Daniel Poliquin, qui a traduit Champlain's Dream. « Ce livre parle de nous, comme s'il était, en même temps que le portrait d'un homme, celui d'un peuple qui lui ressemble de façon frappante, un peuple très tolérant, non violent, accueillant, très curieux des autres. »
Champlain n'était pas seul avec son rêve. En France, il a toujours évolué dans les cercles humanistes, les lointains ancêtres des Lumières et les initiateurs de ce courant philosophique qui traversera, jusqu'au siècle suivant, toute la pensée européenne. Henri IV (qui serait, selon certains historiens que Fischer ne prend pas trop au sérieux, le père biologique de Champlain, dont les origines sont très vagues) était un esprit progressiste, qui partageait et nourrissait le rêve de Champlain. Catherine de Médicis, qui assura la Régence après l'assassinat de son mari, et le cardinal de Richelieu, qui devient sous Louis XIII le ministre tout-puissant dont dépendait le sort et de la métropole et des colonies, étaient nettement moins favorables au rêve de Champlain.
S'il y avait eu un homme autrement éclairé, plus tolérant, plus ouvert aux idées neuves que l'intransigeant cardinal de Richelieu, le sort de la Nouvelle-France, après la mort de Champlain, aurait pu être tout autre. Et l'horrible petite phrase de Voltaire sur les « quelques arpents de neige », qui grouille dans notre histoire comme un ver dans une pomme, n'aurait peut-être jamais été proférée.
N'empêche, quand Champlain est mort, à Québec, le jour de Noël 1635, âgé de plus de 65 ans, les petites sociétés qu'il avait fondées étaient, malgré leur fragilité, solidement implantées.
Le rêve de Champlain est un magnifique objet de près de 900 pages, dont le tiers est constitué d'appendices réellement passionnants — même pour un profane —, de notes et de références critiques, d'un index de plus de 3 000 noms, d'une bibliographie de quelque 700 titres. Un ouvrage définitif, exhaustif, savant donc, mais en même temps très accessible.
Plus qu'accessible : séduisant, très attachant. L'œuvre d'un grand esprit sur un homme de génie, un sage, Samuel de Champlain, homme de cour et coureur des bois, le rêveur suprême, qui, nous dit Fischer, a réalisé le plus beau et le plus hautement civilisé des rêves que les Européens ont portés en Amérique au 17e siècle.
Et nous, aujourd'hui, habitants de cette partie du monde dont nous avons grâce à lui hérité le fleuve, son estuaire, ses îles et son golfe, nous baignons dans ce rêve, le rêve de Champlain, qui d'après Fischer fait de nous du « pas mal bon monde », qui rayonne tout autour de nous et qui, nous assurent l'auteur et le traducteur, devrait durer encore longtemps si nous en prenons soin.



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DURHAM, L’ANGLAIS ET NOUS



DURHAM, L’ANGLAIS ET NOUS

Yves St-Pierre
président, Société Saint- Jean-Baptiste de la Mauricie

Sandra Dessureault
présidente du comité de protection et de valorisation de la langue française

Le Nouvelliste, 21 mars 2011

« La langue, les lois et le caractère du continent nord-américain sont anglais. Toute autre race que la race anglaise (J'applique ce mot à tous ceux qui parlent la langue anglaise) y apparaît dans un état d'infériorité. C'est pour les tirer de cette infériorité que je veux donner aux Canadiens notre caractère anglais.» C'est ainsi que s'exprimait Lord Durham pour justifier la nécessité pour les Canadiens (ce terme désignant les francophones) de s'assimiler.
Certains diront que les temps ont changé depuis 1840. Effectivement. L'adoption de la Charte de la langue française, la Loi 101, est venue «faire du français la langue de l'État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l'enseignement, des communications, du commerce et des affaires». Pour reprendre les termes du Conseil supérieur de la langue française, le français est au Québec la «langue de cohésion sociale» dont la maîtrise est nécessaire à tous les Québécois «pour vivre au Québec avec les meilleures chances de succès ou d'intégration».
Dans ce contexte, l'utilité de la connaissance de l'anglais, à l'interne, devrait perdre en importance. Nos fils et nos filles ne devraient plus craindre un «état d'infériorité» systémique. Nous ne devrions pas à avoir honte d'être des «baragouineurs» lorsque nous téléphonons à Montréal et que notre interlocuteur s'adresse à nous en anglais. La honte devrait surgir uniquement du fait de ne pas exiger le respect de la langue commune, le français.
Compte tenu de notre situation démolinguistique en Amérique du Nord, nous savons tous que la connaissance de l'anglais sera un atout pour l'acquisition d'un emploi où les communications hors Québec sont nécessaires. Toutefois, convenons qu'il ne s'agit là d'une exigence que pour une portion limitée de la main-d'œuvre québécoise, principalement celle ayant à poursuivre des études supérieures. Or, selon les données de Statistiques Canada, la proportion des personnes pouvant converser en anglais était de 70 % chez les jeunes francophones diplômés universitaires. Alors, où est l'urgence d'imposer, mur à mur, l'immersion anglaise obligatoire aux élèves de 6e année ?
 
L'urgence vient peut-être de l'inaction du gouvernement Charest en matière linguistique. De plus en plus de parents, particulièrement à Montréal, perçoivent l'anglicisation grandissante de la métropole. Ils sentent bien que l’unilingue francophone est systématiquement discriminé face au bilingue pour les emplois dans les secteurs des communications et du commerce. L'unilingue francophone a aussi la conviction que l’unilingue anglophone est favorisé dans l'ouest de l'île de Montréal. Alors, devant le laisser-faire du gouvernement libéral quant à là défense légitime de la langue française, que faire? Imposer l'immersion en anglais au primaire pour les francophones?
S'il est vrai que la langue commune de notre nation est le français, plutôt que d'abdiquer, il importe de renverser la tendance. 

Or, ironiquement le gouvernement Charest se garde bien d'imposer l'immersion en français de nos compatriotes anglophones pour qu'ils puissent participer activement à la vie de notre communauté. Pourtant, comme le dit si bien le Conseil supérieur de la langue française, l'État a la responsabilité «de; s'assurer que tous les enfants auront la maîtrise du français, langue commune, grâce à l’école.

Dans cette lignée, il convient d'agir en étendant les dispositions de la Loi 101 aux entreprises de moins de 50 employés pour que les communications et le Commerce, à l'interne, se fassent en français. Et s'il est vrai qu'aux Québec on travaille en français, alors assurons-nous que les finissants des cégeps aient une formation en français en prolongeant l'application, au niveau collégial, des dispositions de la Charte de la langue française concernant la langue d’enseignement.

 
Le gouvernement du Québec doit prendre toutes les mesures pour nous permettre de résister aux pressions assimilatrices. Notre situation en Amérique du Nord nécessite sans doute l'apprentissage fonctionnel de l'anglais pour certains. Mais, au Québec, la langue commune doit être essentielle à la participation économique, sociale et politique. Le message doit être sans équivoque. Alors seulement, l'anglais pourra devenir un facteur d'enrichissement culturel et non un vecteur d'assimilation. 

 
Yves St-Pierre
président, Société Saint- Jean-Baptiste de la Mauricie

 
Sandra Dessureault
présidente du comité de protection et de valorisation de la langue française


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« El hombre es un animal político »
Aristóteles

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« … Car de François Ier au général de Gaulle en passant par Louis XIV,
   c’est une tradition solidement établie en France,
   que de voir dans la pureté de la langue l’image de la grandeur de l’État. »

Claude HAGÈGE, linguiste

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« Je trouverais navrant que le Québec se fonde dans une sorte de culture moyenne nord-américaine. Une langue, c'est un monument qui est aussi, sinon plus, respectable qu'un monument de pierre. Chaque culture représente un capital de richesse humaine considérable. Chaque peuple a un capital de croyances et d'institutions qui représente dans l'ensemble de l'humanité une expérience irremplaçable. »
Claude Lévi-Strauss, anthropologue,
dans une entrevue accordée au journaliste du Devoir Christian Rioux vers 1998.

Chronique de Christian Rioux, Le Devoir, 20 novembre 2009.
Christian Rioux terminait ainsi :  « Si les Québécois ont quelque chose à retenir de Claude Lévi-Strauss, c'est qu'ils n'ont nullement à avoir honte de ce qu'ils sont et que tout ce qu'ils font pour préserver leur identité dans le respect des autres est un apport à l'humanité tout entière. »

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LA PEUR DES MOTS



La peur des mots

Jacques Lanctôt
Agence QMI    -  17/03/2011
                    Source :  http://fr.canoe.ca/

Chronique - La peur des mots
C’est curieux comme le mot «révolution» soudainement ne semble plus faire peur à personne, du moins lorsqu’il concerne d’autres sociétés que la nôtre. On parle librement, dans les grands médias, des révolutions victorieuses qui ont eu lieu en Tunisie et en Égypte, deux pays aux gouvernements corrompus et autoritaires, comme si ces mouvements populaires n’exprimaient pas, avant toute autre chose, un rejet catégorique des politiques néolibérales du capitalisme, celles qui ont cours un peu partout sur la planète depuis bon nombre d’années. Comme si le Canada et le Québec ne risquaient pas, un jour ou l’autre, d’être «contaminés», dans le bon sens du terme si cela peut-être possible, par ce grand courant d’idée libérateur qui reprend du poil de la bête. 
Les journalistes et chroniqueurs culturels de Radio-Canada et de «La Presse» se sont pâmés, la semaine dernière, devant le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly, qui donnait une série de concerts à Montréal, comme s’il s’agissait d’un simple effet de mode et de rythme, alors qu’on semble oublier que Tiken parle, lui aussi, de révolution : «We want revolution / Young people révolution / Intelligent révolution…» Lorsque Tiken dénonce la corruption dans son pays, c’est tout le système capitaliste qu’il dénonce, celui qui a organisé et permis cette corruption et ce pillage des richesses au profit des métropoles : «On veut voler de nos propres ailes / C’était le rêve de nos aïeux / Elle n’est pas si loin l’étincelle / Il suffit qu’on ouvre les yeux/ Il faut se lever, lever, lever pour changer tout ça /
On doit se lever, lever, lever pour changer tout ça…» Est-ce que Tiken ne parle que de la situation en Côte d’Ivoire? J’en doute fort.
Bien sûr, il y a des «facteurs exceptionnels», en Tunisie et en Égypte, qui ont permis l’éclosion de telles révolutions. Bien sûr, la Côte d’Ivoire n’est pas le Québec. On y dénonce la pauvreté, la corruption, l’absence de liberté, la censure… Mais les Tunisiens ou les Égyptiens n’ont pas de gènes spéciaux, à ce que je sache, qui les portent immanquablement à croire qu’un monde meilleur est possible. Ce souhait s’exprime aussi ailleurs, et ici même.
Qu’arrive-t-il si moi aussi, je parle de révolution comme le fait Tiken Jah Fakoly? D’une révolution pour le Québec? Si je dis qu’il est temps que le Québec devienne un vrai pays? Si je dis que la population doit faire le grand ménage et chasser du pouvoir tous ces ministres, députés et maires corrompus, et leurs petits amis transporteurs d’enveloppes brunes? Si je dis que je rêve d’un pays qui s’appellerait Québec, où le gouvernement ne serait pas celui d’une clique de «moneymakers» mais représenterait toutes les classes de notre société? Passerais-je pour un dangereux révolutionnaire, un maudit séparatiste, un écologiste extrémiste?
Il me semble pourtant que nous sommes nombreux, au moins 50% de la population, à vouloir un grand changement à Québec, ce qui serait notre révolution à nous. Nombreux aussi à souhaiter qu’il n’y ait plus de guerre d’agression en Irak et en Afghanistan, que la paix s’installe pour de bon entre Palestiniens et Israéliens, que le blocus contre Cuba soit enfin levé. Tous ces gens désabusés de la politique, ces centaines de milliers de personnes qu’on dit désormais sceptiques et même cyniques, mes frères et mes sœurs, je suis persuadé qu’ils aspirent autant que moi à la réalisation de ces nobles idéaux

On peut endurer pendant longtemps les humiliations et les injustices. On peut supporter pendant longtemps d’être gouvernés par des idiots et des voleurs. Mais tôt ou tard, une étincelle viendra mettre le feu aux poudres. Ce jour-là, nous serons des milliers à réclamer un pays, moins de pauvreté, plus de justice sociale et moins de répression de la part de la police. Pour cela, il faut sortir de nos tours d’ivoire et de nos petits ghettos, profiter des médias sociaux et de toutes possibilités de communication pour brasser nos idées et chercher avant tout ce qui nous unit, puis nous rassembler le moment venu.


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