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samedi 3 janvier 2009

Le Bulletin de la République - 3 janvier 2009


L'HYMNE AU PRINTEMPS

Félix Leclerc

Les blés sont mûrs et la terre est mouillée
Les grands labours dorment sous la gelée
L'oiseau si beau, hier, s'est envolé
La porte est close sur le jardin fané...
(...)
Les bourgeons sortent de la mort
Papillons ont des manteaux d'or
Près du ruisseau sont alignées les fées
Et les crapauds chantent la liberté...


Source :
Le p'tit bonheur


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« La moquerie est souvent indigence d'esprit.»
Jean de La Bruyère

L'humour a non seulement quelque chose de libérateur, mais encore quelque chose de sublime et d'élevé.
Sigmund Freud

L'humour, c'est de savoir que tout, absolument tout, est drôle ; dès l'instant que c'est aux autres que cela arrive.
Marcel Achard

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SUR L'HUMOUR À OUTRANCE...

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Comme moi, ne trouvez-vous pas que les soi-disant « humoristes » occupent une place nettement excessives dans notre espaces audio-visuel ?

Comment des gens, souvent pratiquement incultes, qui prétendent faire de l'humour parce qu'ils ont un « diplôme » d'une « école » de l'humour, peuvent-ils occuper tant de place dans notre société à son détriment ?

Voici des extraits d'un texte que je recommande à tous les Québécois car il décrit un phénomène qui a sans doute pris une ampleur exceptionnelle ici à cause de notre situation particulière par rapport aux peuples environnants et dominants.

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Ce que dit celui qui est fatigué de rire

Réflexions mi-ludiques sur le rapport entre l’humour, le comique et l’Histoire

Dominic Desroches
Dans VIGILE -- Collaboration spéciale
lundi 15 décembre 2008

« Aujourd’hui, quand nous entendons les inepties de nos humoristes professionnels et grassement payés, on rit des bassesses du quotidien sans s’engager pour la liberté. L’humour actuel, qui roule sur le rire banalisé de soi-même, est celui du retour au repliement identitaire et à l’abandon de soi. De nombreux Québécois rient à tous les soirs parce qu’ils sont incapables de changer sérieusement les choses. Dans ce repliement, les Zapartistes, qui aiment bien opposer les régions contre Montréal, tentent en vain de se distinguer de la zizanie générale. L’humour est devenu notre icône, une industrie québécoise, voilà pourquoi il est désormais sacro-saint et intouchable. Au Québec, on aime l’appel à la majorité drôle : tout le monde est drôle, tout le monde en parle et tout le monde vit une petite vie ; même les politiciens et les universitaires, ceux qui ont toujours du temps pour planifier des colloques, en organisent sur... l’humour ! »(...)

«...Pour reprendre encore Kierkegaard, les Québécois ont la liberté de penser, mais ils préfèrent faire des blagues. Or quand des citoyens engagés organisent une manifestation contre la flambée du prix de l’essence, la population ne s’unit pas derrière eux.
Mais quand il faut sauver un animateur de radio controversé, J.-F. Fillion, la colline parlementaire est prise d’assaut par les manifestants québécois (pour la liberté d’expression…) qui se comptent par milliers et qui collent partout des collants au slogan de la station. N’y a-t-il pas un malaise quand on préfère marcher pour Fillion plutôt que de défendre une population prise en otage par les pétrolières ? Pourquoi les Québécois marchent-ils contre la guerre en Irak et qu’ils refusent de se défendre quand le gouvernement fédéral, gouverné de l’ouest désormais, prend des décisions qui les désavantagent ? Que dire sans rire des nombreux Québécois qui marchaient pour une station de radio plutôt que pour leur propre liberté ?» (...)

« On peut se demander hypothétiquement si, confrontés à l’épisode violent qu’ont connu les Danois aux prises avec la fureur des intégristes (affaire des caricatures de Mahomet), les Québécois seraient montés aux barricades pour défendre la liberté d’expression.
Qu’auraient fait nos braves concitoyens face aux menaces des Islamistes ? Se seraient-ils encore une fois repliés ? Dans cette optique, on peut se demander si nos compatriotes se battent pour la reconnaissance de leurs droits lorsque la cause n’est pas sérieuse (n’implique pas leur liberté réelle) et s’ils ne se défilent pas lorsqu’il est question d’enjeux décisifs ? »(...)

« Si les Danois ont protesté contre l’impossibilité « intégriste » de rire des dieux, les Québécois, eux, insensibles aux guerres de religion, ne cèdent-ils pas rapidement aux accommodements déraisonnables afin d’éviter les conflits ?»
(...)

Quand l’homme fatigué en vient à rire de lui-même sans fin

Ce qui est peut-être regrettable enfin, c’est que les Québécois rient de tout, y compris de leur propre servitude. Depuis plus de trente ans, au lieu de se libérer, ils ont appris à désamorcer toutes les crises (potentielles ou réelles) par l’humour sans esprit, ce qui les rend drôles, comiques, burlesques et vulnérables. Notre histoire n’est plus celle des victoires ou des défaites, mais plutôt celle des meilleurs gags présentés au Festival de l’humour.


Le Québec s’imposera peut-être dans l’histoire postmoderne comme le lieu unique au monde où le burlesque, art qu’incarnait à une autre époque Gilles Latulippe, s’est vu transformé en humour généralisé. S’il ne convient pas évidemment de tout prendre au sérieux, ce qui serait absurde, il importe néanmoins de savoir a minima pourquoi et de quoi il faut rire. Tout n’est pas drôle tout le temps. La langue d’un peuple, sa difficile histoire et son passé imparfait ne méritent-ils pas un minimum de respect ?
L’humour est sain lorsqu’il est requis par l’esprit et qu’il permet de souffler, de se libérer, jamais quand il participe activement à la suppression de l’intelligence et du sens de l’histoire.

En conclusion, je formulerai une crainte que je souhaite injustifiée. Je crains que l’humour québécois, en se vulgarisant, ait fait disparaître tout caractère, toute colère et toute dignité. Je formule cette crainte car « si la tendance se maintient », nous continuerons encore à rire encore de nous-mêmes, à tous les jours et sur toutes les tribunes, de sorte que nous aurons bientôt perdu toutes les occasions de provoquer le sursaut, c’est-à-dire le moment sérieux de la prise en charge de notre avenir collectif.

Dominic DESROCHES
Département de philosophie
Collège Ahuntsic

Source :
http://www.vigile.net/Ce-que-dit-celui-qui-est-fatigue

On sait que l'humour véritable, comme l'Histoire le démontre, se trouve infiniment plus chez ceux qui ont une longue expérience de la vie et une vive intelligence...

Voir, par exemple, l'excellent article de Jacques Dufresne sur la question : « De l'esprit français à l'humour anglais », dans L'Encyclopédie de l'Agora.

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