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dimanche 7 septembre 2008

Sur Stéphane Dion et son programme…

Aujourd’hui, dimanche le 7 septembre, Stephen Harper, premier Ministre fédéral, vient d’annoncer des élections au Canada le 14 octobre.

Cela me fait penser vous faire partager cet excellent texte de Me Martin Dion, avocat de Québec, sur les turpitudes de son ineffable homonyme.

On ignore pour le moment si cette réplique a été publiée dans Les Affaires...


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Dans un éditorial intitulé «Un programme vert courageux et risqué» (Les Affaires, 4 juillet 2008), qui souligne le fait que les Québécois détestent le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, monsieur Jean-Paul Gagné écrit que c’est dû à «sa loi audacieuse sur la clarté de la question référendaire, qui s’est révélée une victoire sur le plan politique» et à ses attaques contre les nationalistes (on comprend qu'il vise les nationalistes québécois et non les canadiens).

Permettez à un lecteur d’apporter quelques précisions à cet égard. C’est un fait reconnu que Stéphane Dion a réussi à se faufiler à la tête du Parti libéral du Canada - lors du dernier congrès au leadership - en se présentant avant tout comme un bon serviteur du nationalisme canadien. C’est son dévouement à ce nationalisme et ses preuves constamment renouvelées à l’effet qu’il peut contribuer à diviser et à affaiblir le Québec (pensons seulement à son combat contre la reconnaissance de la nation québécoise) qui lui ont permis d’être choisi comme chef d’un parti reconnu pour être centralisateur et au service de la majorité anglophone.

Voilà les principales raisons qui le font détester par la majorité des Québécois. Il faut reconnaître que «ses attaques contre les nationalistes», comme il est souligné, sont des attaques contre l’ensemble des Québécois. Et la Loi sur la clarté – qu’un francophone se devait de piloter à la place d’un anglophone car elle s’en prend à la démocratie québécoise et vise à affaiblir sa majorité francophone en lui imposant un fardeau plus lourd - n’est qu’un exemple de cet acharnement contre le Québec. Et ce francophone qui l’a piloté est l’exemple parfait de ceux qui n’hésitent pas à se faire les promoteurs de tout ce qui peut diviser le Québec et hausser leur prestige dans le reste du Canada.

Monsieur Gagné écrit que cette Loi sur la clarté est «une victoire sur le plan politique». Cette assertion est fausse et j’ajoute que cette loi ne résistera pas à l’épreuve politique le jour où un référendum sera tenu au Québec (et il y a peu de chance qu’elle résiste à une épreuve judiciaire). Prenons brièvement l’exemple du référendum sur l’indépendance du Monténégro tenu en mai 2006. Les commentaires qui l’ont suivi démontrent que seul le principe de l’égalité des voix est applicable. Dès la fin du référendum, nous pouvions lire dans un communiqué de l'Agence France-Presse que, dans le cas d'un vote indépendantiste légèrement inférieur au 55% suggéré par l'Union européenne, les dirigeants monténégrins envisageaient sérieusement de considérer que le choix en faveur de l'indépendance demeure indiscutable. De plus, même avec un vote minoritaire à 44,5% des voix (donc 55,5% en faveur de l’indépendance), le fait d'avoir évoqué l'idée saugrenue que le camp pro-serbe pouvait crier victoire avec seulement 45% du vote a incité ce dernier à exiger le recomptage des bulletins. Nous pouvons voir à quel point le fait de déroger à la règle fondamentale de l'égalité des voix est un facteur d'instabilité et de profonde injustice quant un écart de plus de 10% des voix permet au camp minoritaire d'invoquer la possibilité de s'opposer au verdict populaire.

Conscients de cette erreur, bien des Européens - et beaucoup de Monténégrins - ont été soulagés que le résultat dépasse ce chiffre artificiel de 55% qui ne pouvait tenir la route. S'il y a un «précédent monténégrin», c'est l’exemple d'une crise évidente (advenant ici un résultat entre 50% et 55%) si on bafoue cette règle fondamentale de la démocratie référendaire que constitue l'égalité des voix.

En conclusion, si Stéphane Dion est un «mal-aimé» au Québec, c’est principalement du fait qu’il se fait le complice du nationalisme canadien et démontre, comme d’autres francophones de service, qu’il a pour tâche première de diviser les francophones. Ce travail de division est une action fautive et indigne, et si vous croyez qu'il est exagéré de parler ainsi de ceux qui pensent à leur carrière avant tout, rappelons les propos de l’ex-ministre conservateur Benoît Bouchard. Dans une entrevue au quotidien Le Soleil (1er sept. 2001), il affirme que «le Québec ne fait plus peur» et «quand je m'aperçois que je ne suis pas capable de faire changer l'autre parce qu'il ne comprend rien ou parce qu'il est complètement insensible, j'essaie de m'organiser pour devenir indispensable». Et il ajoute, parlant de son travail de député à Ottawa, qu’il s'est contenté de «ramer» point à la ligne: «Au Lac-Saint-Jean, on est libre, quand on dit oui c'est oui, quand on dit non c'est non, on se parle dans les quatre yeux. À Ottawa, ce n'est pas tout à fait cela. Il y a un langage et un vocabulaire particuliers, les définitions ne sont pas les mêmes. Oui, c'est non, souvent! Mais quand tu entres dans ce bateau-là, ou tu rames ou tu t'en vas, j'ai ramé…». Et voilà ce que sont les francophones au sein du Parti libéral et du Parti conservateur à Ottawa : ils se contentent de se faire indispensable…et d’être de bons rameurs au service des autres.


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Ce texte a aussi été publié dans VIGILE.
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Autre article intéressant de Me Dion dans le blogue du regretté Michel Vastel : clic.
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